HISTOIRE D’UN TAPIS GENEREUX

Le tapis Boucherouite, symbole de générosité, de force, de créativité et d’amours féminins, est un tapis coloré, tissé à la main à partir de vieux vêtements. Le tapis Boucherouite avait et a toujours plusieurs fonctions : Tapis, couette, divan, tableau, objet de décoration. Il est aussi utilisé par  certains chauffeurs de car et de taxi pour couvrir leur siège. 

Qu’est ce qui aurait pu pousser une artisane à déchirer des vêtements pour les tisser ? A suivre…

 

 

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UNE CREATION BERBERE

Dans les montagnes d’Atlas, en plein hiver, les familles berbères souffraient à cause du froid et des routes bloquées, les pères de familles, sans travail, les bronches de bois, rares ou humides, les tisseuses sans laine, elle est très chère, les jeunes enfants, sellés à la maison, les enfants fragiles, on les perdait souvent et si les journées sont dures, les nuits sont cruelles…

Un jour, par Amour et par Peur pour leurs petites familles, des femmes du village ont mis en œuvre toute leur créativité, décidée à les protéger du froid de la nuit ! La laine était inaccessible et très chère pour elles: de quoi donc étaler une chaine ? Avec quoi remplir une trame ? 

A moins… à moins d’utiliser les quelques vieux pulls tricotés en laine restés dans les placards, en les effilochant et en tendant le fil, de quoi créer une chaîne résistante et solide, et puis pour la trame, le reste des vêtements, coupés en lanières et mêlés le long de la chaîne, feront l’affaire !

C’est ainsi qu’a commencé une belle histoire, passionnante, rigolote et vivante !

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 LE TISSAGE BOUCHEROUITE : UN LANGAGE D’EXPRESSION

Chaque tapis Boucherouite, était une pièce unique, du plus joli au  moins attirant. Au début, utilisé pour son poids et sa consistance, contre le froid, il devient par la suite un objet d’art avec lequel les artisanes expriment toutes leurs émotions et racontent leurs histoires… 

Chaque couleur indiquait un sentiment, chaque forme géométrique: un objet, un humain ou un élément de la nature.

Il est le reflet de la persévérance de l’artisane pendant les longs voyages de son mari en utilisant la chemise de sa fille, la chaussette de son bébé, sa propre djellaba et le tricot de son mari, sans oublié le pyjama de la voisine pour compléter son motif rouge… Les femmes étaient souvent très fières de ce qu’elles créaient, c’était une source de joie. Elles ne vendaient pas leurs Boucherouite, elles les transmettaient de mère en fille, ou les offraient, symbole de gentillesse et de générosité. Les hommes au contraire, étaient septiques, très gênés par cette histoire de recyclage, c’était un tapis de pauvre, et même étant pauvre, ce petit coup d’orgueil les poussait à le rejeter.

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UNE HISTOIRE OUBLIÉE …

Petit à petit, Boucherouite, lui aussi a pris sa place dans les placards ; moquettes, tapis, plaids et couvertures industriels, ont désormais pris sa place. Ceci n’a pas nuit au Boucherouite seulement, mais au tissage artisanal en général. 

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Plusieurs jeunes filles auxquelles les mamans artisanes ont appris à tisser, se sont mariées en ville, habitant dans de petites maisons, elles n’ont pas de place pour les métiers à tisser hérités de leurs mamans. Ils ont été vendus au kilo à la ferraille. Inutiles car en ville tout s’achète. Ils sont devenus de plus en plus rares. 

Ces jeunes femmes, venues en ville avec leurs maris -qui ont trouvé de modestes emplois précaires-, pensaient à ressembler à leurs mères, qui malgré les difficultés étaient fortes, solidaires, indépendantes et heureuses. Mais à Casablanca ce n’était pas aussi facile que cela, avec un modeste niveau scolaire, dans un douar prés de la ville, difficile de s’intégrer dans la société, elles se sentaient inférieures. Les voisines se saluaient, sympathisaient mais étaient plutôt méfiantes, elles se sentaient seules. Loin des entreprises, devenues mamans ou sans aucune raison, leurs maris les interdisaient de s’absenter longtemps. Privées de travail, elles se sentaient dépendantes. Loin de leurs familles et amies, vivant dans la pauvreté mains attachées, elles se sentaient malheureuses. 

Cette nouvelle vie a fait que ces femmes ignorent leur potentiel, sacrifient leur vies pour leurs enfants et mari, mais c’est faux, elles avaient seulement besoin d’être comprises, encouragées et soutenues. 

Améliorer leur vie servirait à elles et toutes leurs familles, à leur Douar et à leur Pays. 

Faire revivre Le Boucherouite, ses valeurs et son univers… IDYR en a fait sa mission ! A suivre…